Un peu plus « off-road »

Pour cette expédition, j’ai décidé de pousser un peu plus loin mes limites et de prendre la 389 jusqu’à Labrador City. L’objectif : me rendre à Fermont — ville unique en son genre — tout en testant mes concepts d’autonomie, loin des services habituels, au cœur de la nature et des grands espaces. Et cette fois-ci, par précaution supplémentaire, je me suis même fabriqué une plateforme pour transporter une roue de secours sur le toit de l’auto. Quand on s’aventure dans ce type de territoire, mieux vaut être autonome sur plusieurs plans.

J’ai divisé le trajet en trois grandes étapes :

Montréal → Baie-Comeau

Aucun défi de recharge ici. On trouve maintenant des bornes rapides et très rapides à intervalles confortables tout le long du trajet. Avec Plug&Charge activé sur le réseau Circuit Électrique, ça devient presque trop simple : on branche, ça marche, point.

Baie-Comeau → Manic 5

Ce trajet est très sinueux et en asphalte tout le long. Pour ceux qui sont sensibles au mal des transports, pensez d’apporter des Gravol!

Une fois arrivé à la centrale Manic-5, c’est presque le Walt Disney pour véhicules électriques : bornes de 24 kW, 50 kW, 100 kW, 180 kW et même 320 kW. C’est vraiment l’endroit idéal pour faire le plein avant d’entrer dans une zone où les choses deviennent plus… « intéressantes ».

Manic 5 → Fermont

C’est la portion la plus rock’n’roll du trajet.

Manic-5 → Relais Gabriel

Environ 100 km de chemin de terre, parfois bien entretenu, parfois franchement mauvais. En croisant un pick-up j’ai d’ailleurs accueilli une belle roche en plein pare-brise… Ça fait partie des risques de l’aventure…

Au Relais Gabriel, on retrouve une borne alimentée à 100% par des panneaux solaires, avec un gros parc de batteries. C’est une installation vraiment impressionnante — bravo au Circuit Électrique.

Petite particularité : comme la borne fonctionne entièrement sur un ensemble de batteries rechargées par panneaux solaires, elle se met en veille profonde quand personne ne l’utilise pour éviter de gaspiller de l’énergie. En arrivant, on a vraiment l’impression qu’elle est éteinte.

Il faut appuyer sur un bouton d’activation pour la redémarrer manuellement. Elle prend ensuite quelques minutes pour démarrer et vérifier son niveau d’énergie avant de permettre la recharge. C’est un peu surprenant la première fois, mais ça fait partie du charme — et des contraintes — des stations hors réseau.

Il faut garder en tête un point essentiel : la recharge dépend réellement de la météo. En haute saison et par beau temps, tout va bien. Hors saison ou après plusieurs jours de pluie, la borne peut manquer d’énergie pour offrir une recharge complète… ou même une recharge tout court.

J’ai eu la chance d’arriver alors que les batteries étaient bien remplies. Je me suis rechargé complètement, puis je suis resté quelques jours dans le coin pour faire des sentiers dans les Monts Groulx et pêcher dans les lacs du secteur.

Il a plu presque tout le temps. Je vivais uniquement grâce à l’énergie de l’auto : chauffage de nuit (environ 5°C), cuisson, frigo, Starlink… En restant stationnaire, je consommais autour de 13 % par jour, ce qui est très raisonnable.

Avant de repartir vers Fermont, je suis retourné à la borne pour compléter ma charge… et là, surprise : après plusieurs jours de pluie, la réserve de la station était basse. J’ai pu récupérer quelques pourcentages, mais quelqu’un arrivant après moi aurait probablement été déçu.

Bref, planifier bien vos affaires si vous passez par-là!

Relais Gabriel → Fire Lake

Ici, on retrouve de l’asphalte tout le long : presque du luxe comparé à ce qu’il y a avant.

Le chemin menant à la station de Fire Lake est bien indiqué, mais on doit rouler un moment sur un chemin de terre à travers les installations minières.

Cette borne fonctionne aussi avec une réserve de batteries, mais contrairement au Relais Gabriel, elle se recharge grâce à une petite connexion au réseau d’Hydro-Québec. C’est un système hybride ingénieux. La puissance est limitée à 36 kW… mais honnêtement, au milieu de nulle part, 36 kW, c’est merveilleux.

Fire Lake → Fermont

La route redevient en gravier. Le contraste est frappant : on se sent vraiment comme un extraterrestre électrique dans un environnement dominé par les pick-ups et les camions miniers.

À Mont-Wright (environ 20 km avant Fermont), l’asphalte revient enfin.

Séjour à Fermont

Je me suis installé au camping quelques jours pour visiter la région.

Côté recharge… disons que ce n’est pas encore idéal. Au moment de mon passage, aucune borne n’était disponible à Fermont. La seule option était une borne ChargePoint à Labrador City.

Par contre, j’ai vu un futur site du Circuit Électrique en construction dans le stationnement du fameux «Mur» de Fermont. Quand il sera activé, ça va changer la dynamique du trajet.

Conclusion

Ce trajet vers Fermont m’a rappelé à quel point les routes isolées exigent une planification différente quand on roule électrique. Dans la majorité du Québec, la recharge est rendue presque banale, mais la 389 reste une exception où l’autonomie, la météo et l’état des chemins peuvent réellement influencer la suite du voyage.

Est-ce que c’est faisable avec une voiture électrique moderne ? Absolument. Est-ce que c’est aussi simple qu’un Montréal–Québec en autoroute ? Pas du tout. Il faut être prêt à composer avec l’imprévu, à respecter les limites des stations hors réseau, et à accepter qu’une journée de pluie peut changer la donne.

Mais c’est précisément ce mélange d’aventure, de technologie et d’isolement qui rend le trajet mémorable. Quand on atteint Fermont après avoir roulé dans ces paysages bruts, on a un vrai sentiment d’accomplissement — et on réalise que l’électromobilité peut aller beaucoup plus loin qu’on l’imagine, tant qu’on reste réaliste et préparé.